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Pourquoi les organisations industrielles ne sauveront pas la planète

Auteur:Étienne Maclouf
Editeur:Éditions Le Bord de L’eau, 192 pages.
ISBN:978-2-35687-733-8
Prix:€18
Les écosystèmes dont nous dépendons pour notre survie sont en train de disparaître sous l’effet de notre propre action. En réponse, nous dit Étienne Maclouf, nous éduquons les individus et cherchons à corriger nos modes de production, soit en transformant volontairement les industries existantes, soit en créant des modèles considérés comme alternatifs. Son essai au titre interpelant explique pourquoi, malgré une conscience écologique toujours plus forte, ces initiatives n’infléchissent pas notre trajectoire.

À la croisée des sciences sociales et de la biologie évolutive, Étienne Maclouf montre que nos organisations industrielles forment des systèmes si complexes et envahissants que nos recherches compulsives de solutions risquent au contraire de les renforcer et d’accélérer l’effondrement de la bio-diversité. « Ces organisations ne sont pas de simples instruments qui seraient aux mains des humains qui les conçoivent, pointe-t-il. Ce sont des machines alimentées par des concepts managériaux qui mobilisent les être humains comme ressources pour fonctionner. Elles prospèrent à notre détriment et nous ne parvenons pas à mettre fin à cette dynamique délétère. » En effet, selon lui, « plutôt qu’un changement de trajectoire, à ce stade, on assiste à un renouvellement de notre développement industriel sans sauvegarde des écosystèmes. »

Dans le monde du développement durable et de la RSE, trois catégories de concepts managériaux sont généralement associés, note Étienne Maclouf dans un chapitre intitulé Pourquoi les organisations industrielles seront difficilement écologiques : les parties prenantes qui peuvent influencer les décisions et pousser une entreprise à engager une stratégie RSE, le manager environnemental et les ingénieries soutenables visant à adapter les productions aux enjeux écologiques. L’examen de ces trois catégories laisse toutefois l’auteur sur sa faim. « Toutes ces stratégies reposent sur des processus performatifs multiples et autonomes, explique-t-il. Leur succès dépend de leur articulation avec les autres dynamiques présentes. » Par exemple : « Les managers environnementaux se retrouvent parmi d’autres managers à devoir intégrer un sujet nouveau dans des processus de décision qu’ils ne contrôlent pas ; les dynamiques d’écologisation ne représentent qu’une force nouvelle dans un jeu stratégique avec d’autres parties prenantes et leur existence dépend de leur reconnaissance par les autres, donc de leur capacité à traduire les enjeux dans des langages communs ; par conséquent, les modèles et outils environnementaux peuvent servir à renouveler les industries polluantes et destructrices. »

Doit-on pour autant sombrer dans un pessimisme fataliste. Non. Étienne Maclouf rassemble des pistes pour changer notre rapport aux organisations productives afin de tenir compte de leurs propriétés émergentes. Il appelle notamment à intégrer les approches de la psychologie évolutionniste et à considérer le monde de la transition écologique sous un autre jour. « Pour sortir de l’impasse, il ne faut probablement plus considérer celle-ci comme le terrain d’expression d’une expertise moderne, rationnelle légale, wébérienne, mais comme un idéal. C’est un work-in-progress pluriel, local, hésitant et imparfait. Les personnes désireuses de s’engager dans la transition écologique peuvent trouver de multiples sources de connaissances et d’inspiration, mais l’expertise et la science industrielles ne doivent plus faire rempart en inhibant la diversité des réponses dont nous avons besoin. »

 

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