Un travailleur wallon sur six ayant de jeunes enfants a pris congé le jour de la rentrée scolaire, selon une analyse d’Attentia. Mais existe-t-il réellement un congé pour la rentrée scolaire en Belgique ? Pas en tant que tel. Vacances annuelles, horaires adaptés, télétravail, récupération ou dispositifs propres à l’entreprise : plusieurs solutions permettent néanmoins aux employeurs d’offrir davantage de flexibilité aux parents.
La rentrée scolaire n’est pas seulement une affaire de cartables et d’horaires de cours. Pour les entreprises aussi, elle constitue un petit défi d’organisation. Selon une analyse réalisée par Attentia auprès de 987 travailleurs wallons ayant des enfants dans l’enseignement maternel ou primaire, 16,5 % d’entre eux avaient prévu de prendre congé le jour de la rentrée scolaire. Lors d’un lundi ordinaire en dehors des vacances scolaires, ils ne sont qu’environ 4 %. La proportion monte même à 20 % chez les mères, contre 12,5 % chez les pères. Même constat du côté du statut professionnel : 20 % des ouvriers prennent congé, contre 13 % des employés.
Existe-t-il un congé pour la rentrée scolaire en Belgique ?
La réponse est non : la législation belge ne prévoit pas de congé spécifique pour la rentrée scolaire.
Un travailleur qui souhaite accompagner son enfant à l’école ne bénéficie donc pas automatiquement d’un jour ou de quelques heures d’absence rémunérée à cette occasion.
La solution la plus classique reste dès lors de prendre une journée ou une demi-journée de vacances annuelles, pour autant que celle-ci soit convenue avec l’employeur.
Mais le jour de congé classique n’est pas nécessairement la seule réponse. Selon l’organisation du travail, plusieurs alternatives peuvent permettre au parent d’être présent à l’école sans devoir utiliser une journée complète de vacances.
Peut-on utiliser le petit chômage pour la rentrée scolaire ?
Le petit chômage permet au travailleur de s’absenter avec maintien de sa rémunération pour certains événements familiaux ou obligations civiques déterminés par la réglementation. La rentrée scolaire n’en fait pas partie.
Une convention individuelle ou collective peut toutefois prévoir des situations plus favorables que le minimum légal. Une entreprise ou un secteur peut donc accorder des jours ou des heures d’absence supplémentaires pour certains événements. Le congé pour raisons impérieuses n’est pas davantage conçu, en principe, pour couvrir une rentrée scolaire prévue plusieurs mois à l’avance. Ce mécanisme concerne un événement imprévisible, indépendant du travail, qui nécessite l’intervention urgente et indispensable du travailleur.
Un employeur et un travailleur peuvent néanmoins convenir de considérer d’autres événements comme une raison impérieuse. Ces absences sont en principe non rémunérées, sauf disposition ou accord plus favorable.
Prendre deux heures plutôt qu’une journée entière
Le chiffre d’Attentia pose finalement une question très simple : faut-il réellement qu’un parent prenne huit heures de congé pour accompagner son enfant pendant une heure ou deux ? Lorsque l’organisation du travail le permet, une entreprise peut proposer des solutions beaucoup plus légères.
Un collaborateur peut, par exemple, commencer exceptionnellement sa journée plus tard après avoir accompagné son enfant à l’école. Il peut également terminer plus tard, récupérer les heures à un autre moment ou utiliser un système d’horaires flottants lorsqu’il existe dans l’entreprise.
Pour certaines fonctions, le télétravail peut également constituer une solution. Le parent accompagne son enfant, rentre chez lui et commence ensuite sa journée de travail à distance.
Dans les environnements où le télétravail n’est pas possible, d’autres mécanismes peuvent être envisagés : échange de shift, décalage ponctuel de la prise de poste, récupération des heures ou prise d’une demi-journée plutôt que d’une journée complète.
L’enjeu consiste moins à multiplier les nouvelles catégories de congés qu’à disposer d’un cadre suffisamment souple pour gérer des besoins ponctuels et prévisibles.
Une entreprise peut-elle offrir un congé pour la rentrée scolaire ?
Rien n’empêche une entreprise d’aller plus loin que les obligations légales. Elle peut par exemple prévoir, dans sa politique RH, quelques heures d’absence rémunérée pour la rentrée scolaire ou créer un système de congés extralégaux couvrant certains événements familiaux. Il ne s’agit alors pas d’un congé légal pour la rentrée scolaire en Belgique, mais d’un avantage accordé par l’entreprise. Ce choix peut également s’inscrire dans une politique plus large de conciliation entre vie privée et vie professionnelle.
Télétravail et horaires flexibles : un droit de les demander
Au-delà de la seule rentrée scolaire, la législation belge prévoit également un mécanisme permettant à certains travailleurs de demander davantage de flexibilité pour s’occuper de leurs enfants. Depuis octobre 2022, la CCT n°162 instaure dans le secteur privé un droit à demander une formule souple de travail afin de prendre soin notamment d’un enfant jusqu’à l’âge de 12 ans. Cette formule peut prendre différentes formes : télétravail, adaptation de l’horaire ou réduction du temps de travail.
Il ne s’agit toutefois pas d’un droit automatique au télétravail ou à l’horaire souhaité.
Le travailleur doit notamment disposer de six mois d’ancienneté et, en principe, introduire sa demande trois mois à l’avance. L’employeur doit ensuite répondre par écrit dans le mois. Il peut accepter la demande, la refuser, la reporter ou proposer une alternative. Lorsqu’il ne l’accepte pas, sa décision doit être motivée.
Ce dispositif n’est donc pas destiné à gérer une demande improvisée la veille de la rentrée. Il traduit néanmoins une évolution plus profonde : la conciliation entre responsabilités familiales et organisation du travail devient progressivement un sujet de dialogue entre travailleurs et employeurs.
Tous les travailleurs ne disposent pas de la même flexibilité
Les chiffres d’Attentia révèlent d’ailleurs une différence intéressante. Alors que 13 % des employés prennent congé le jour de la rentrée scolaire, cette proportion atteint 20 % chez les ouvriers. L’une des explications avancées par Attentia tient à la nature du travail. Les employés disposent plus fréquemment de possibilités de télétravail ou d’une certaine flexibilité dans leurs horaires. Un avantage beaucoup plus difficile à offrir à quelqu’un qui travaille sur une ligne de production, dans un entrepôt, dans un commerce ou dans une fonction nécessitant une présence physique.
Une politique familiale basée uniquement sur le télétravail risque donc paradoxalement d’accentuer les différences entre catégories de travailleurs.L’équivalent de deux heures de télétravail pour un employé peut être, pour un ouvrier, la possibilité de décaler son shift, d’échanger son horaire avec un collègue ou de récupérer plus facilement quelques heures. La bonne question pour les RH n’est donc pas nécessairement : « pouvons-nous offrir la même mesure à tout le monde ? », mais plutôt : « pouvons-nous offrir une flexibilité équivalente à chacun ? »
Les mères prennent toujours davantage congé
L’autre écart observé par Attentia concerne le genre.
Une mère sur cinq prend congé pour la rentrée scolaire, contre seulement 12,5 % des pères.
Ces chiffres suggèrent que l’organisation de la vie scolaire continue davantage à peser sur les femmes.
Pour les employeurs, proposer une politique de flexibilité accessible indifféremment aux mères et aux pères peut donc également contribuer à une meilleure répartition des responsabilités familiales.
La manière dont la mesure est présentée compte également. Parler de flexibilité destinée « aux parents » plutôt que d’un dispositif implicitement associé aux mères peut sembler anecdotique. Mais les politiques RH contribuent aussi à créer les normes et les habitudes au sein des organisations.
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