La Belgique compte 585.000 malades de longue durée et les entreprises sont de plus en plus sollicitées pour favoriser leur retour au travail. Sur le terrain, pourtant, la marge de manœuvre reste limitée. Quatre entreprises sur dix estiment qu’elles ne peuvent pas, ou presque pas, proposer de travail adapté. Pour les petites PME, l’équation est encore plus complexe.
Réorganiser un horaire, alléger temporairement certaines tâches, proposer une autre fonction ou aménager progressivement une reprise : sur le papier, le travail adapté constitue l’un des leviers permettant à un collaborateur absent depuis longtemps de retrouver sa place dans l’entreprise.
Dans la réalité quotidienne des organisations, les possibilités sont nettement moins nombreuses. Selon la dernière enquête bisannuelle sur l’absentéisme menée par le bureau d’études Indiville pour Mensura auprès de 503 entreprises, 41 % des organisations belges considèrent qu’il n’est pas, ou presque pas, possible de proposer un travail adapté. Une proportion qui a augmenté de six points en deux ans.
Plus l’entreprise est petite, moins elle peut adapter le travail
Dans les PME de moins de dix travailleurs, 44 % des répondants indiquent que le travail adapté n’est presque jamais possible. Dans les entreprises de plus de 500 collaborateurs, ils ne sont plus que 9 % à faire le même constat. Le problème n’est donc pas nécessairement un manque de volonté.
Pour trois quarts des entreprises qui disent ne pas pouvoir proposer de travail adapté, c’est la nature même de l’organisation qui constitue le principal frein. Une grande structure peut plus facilement envisager un changement temporaire de fonction, redistribuer certaines tâches entre plusieurs personnes ou aménager un horaire. Dans une équipe de quelques collaborateurs, où chacun occupe une fonction bien définie, les alternatives sont mécaniquement plus limitées.
« Les PME ont moins de possibilités d’adapter le travail pour un travailleur qui revient après une longue période de maladie. Dans de nombreux cas, les horaires adaptés sont également moins évidents à mettre en place », constate Bart Teuwen, expert en absentéisme chez Mensura.
Un défi loin d’être marginal dans un pays où les PME constituent une part importante du tissu économique. Pour Mensura, ces entreprises doivent dès lors miser davantage sur la prévention et, lorsque le retour dans l’organisation devient difficilement envisageable, considérer aussi la réintégration externe, c’est-à-dire une reprise du travail auprès d’un autre employeur.
Des règles plus strictes, mais un système difficile à maîtriser
La question devient d’autant plus sensible que le nombre de personnes concernées continue de peser sur le marché du travail. Selon les chiffres cités par Mensura, la Belgique compte actuellement 585.000 malades de longue durée. Depuis le début de l’année, les règles entourant leur réintégration ont également été renforcées.
Le potentiel de travail des collaborateurs en incapacité ininterrompue depuis le 1er janvier doit notamment être évalué. Lorsqu’un potentiel de travail subsiste, l’employeur doit engager, dans un délai de six mois, un trajet de réintégration professionnelle. Celui-ci peut notamment déboucher sur une proposition de travail adapté.
Une ambition qui se heurte toutefois à une autre réalité : beaucoup d’entreprises peinent encore à maîtriser le cadre existant. À peine 12 % des organisations interrogées disposent aujourd’hui d’une politique formelle de réintégration collective. Elles étaient 7 % en 2024. La progression existe, mais reste modeste alors que cette politique est obligatoire pour toutes les entreprises depuis fin 2022.
Une entreprise sur cinq manque de temps ou de connaissances
Mensura ne voit pas dans ce retard une volonté des employeurs d’ignorer leurs obligations. Le constat est plutôt celui d’une complexité administrative et juridique devenue difficile à appréhender, en particulier dans des entreprises où la gestion des ressources humaines repose parfois sur une équipe très réduite. Une entreprise interrogée sur cinq reconnaît ainsi ne pas disposer des connaissances nécessaires ou ne pas avoir suffisamment de temps pour s’occuper de cette politique de réintégration.
« Dans la grande majorité de ces organisations, il n’y a pas de mauvaise intention. Elles indiquent que la multitude d’obligations et de règles est complexe. Elles ne s’y retrouvent plus », explique Bart Teuwen.
Cette méconnaissance dépasse d’ailleurs le seul cadre des obligations légales. Certaines entreprises ignorent également les mécanismes de soutien dont elles peuvent bénéficier. Mensura cite notamment le fonds Retour au travail, qui peut apporter une aide financière dans l’accompagnement de personnes en incapacité vers un retour sur le marché du travail.
La réintégration se joue aussi avant l’absence de longue durée
Pour les PME, la difficulté à créer artificiellement un poste ou un horaire adapté remet également la prévention au centre du débat. Lorsque les possibilités de réorganisation sont faibles, agir avant que l’absence ne s’installe durablement devient d’autant plus important. Cela suppose notamment de suivre l’absentéisme, de maintenir le contact avec les collaborateurs concernés et de réfléchir suffisamment tôt aux conditions permettant une reprise.
Pour Bart Teuwen, renforcer les obligations de réintégration reste légitime, mais le système doit rester praticable pour les employeurs. « Il faut mettre l’accent sur la prévention, sur les contacts et sur l’impact des mesures. Pas sur la conformité », résume-t-il.
Le défi est particulièrement tangible pour les petites entreprises. Alors que les pouvoirs publics cherchent à accélérer le retour au travail des malades de longue durée, toutes les organisations ne disposent pas des mêmes leviers pour transformer cette ambition en solution concrète. Pour les PME, la question n’est donc plus seulement de savoir comment réintégrer, mais parfois tout simplement où et dans quelles conditions le faire.
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