TEXTE GAËLLE HOOGSTEYN
Michel Cassart a passé l’essentiel de sa carrière au sein du groupe aujourd’hui devenu TotalEnergies. Depuis trois ans, il dirige Polyblend, une filiale allemande spécialisée dans les polymères. Entre culture allemande du travail, transformation managériale et vie d’expatrié, il raconte un parcours fait de mobilité, d’adaptation et de confiance.
Michel Cassart est né à Bruxelles, d’une mère flamande et d’un père wallon. La multiculturalité est dans son ADN. Après des études d’ingénieur en sciences des matériaux à l’UCLouvain, il réalise un doctorat en physique puis quitte le monde académique. « J’avais déjà mes trois enfants à l’époque », raconte-t-il. C’est chez Fina, la grande société pétrolière et chimique belge de l’époque, qu’il relèvera ce nouveau défi. « Le début d’un long parcours qui me mènera de l’assistance technique à la clientèle à la gestion de procédés industriels, puis au développement de nouveaux business autour des polymères et des compounds. »
Au fil des années, il travaille aussi bien en Belgique qu’en France, où il connaît une première expérience d’expatriation dans le sud-ouest. « J’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière. J’ai chaque fois découvert de nouveaux jobs, de nouveaux cadres qui m’ont toujours plu. »
À la tête d’une usine de 110 personnes
Depuis trois ans, Michel Cassart dirige Polyblend, une société allemande détenue à 100 % par TotalEnergies. L’entreprise, située à Bad Sobernheim, fabrique des compounds principalement destinés au marché automobile. Environ 110 personnes y travaillent et l’usine tourne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Son titre officiel ? « Geschäftsführer. » Autrement dit, directeur général de l’usine. « Mon rôle couvre aussi bien les ressources humaines et la sécurité que la production, les investissements et les finances. »
Entre identité locale et culture groupe
Chez Polyblend, les équipes restent fortement attachées à leur identité historique. « Quand je suis arrivé, les gens se sentaient à 100 % employés Polyblend. » Une identité qui coexiste désormais avec une intégration croissante au sein de TotalEnergies. Pour Michel Cassart, l’équilibre fonctionne plutôt bien : conserver les spécificités locales tout en bénéficiant du soutien d’un grand acteur industriel. « Cela me plaît de piloter une structure relativement autonome, en bénéficiant du soutien de TotalEnergies. »
Une culture du travail plus stricte
Installé dans une région rurale et viticole située entre Luxembourg et Francfort, Michel Cassart découvre une autre culture professionnelle. « La grande difficulté, c’est évidemment la langue. À partir du moment où l’on fait l’effort de parler allemand, tout se passe correctement. » Dans l’usine, les différences culturelles sont bien présentes. « L’Allemand est beaucoup plus pointilleux et strict. Les réunions démarrent à l’heure. Les prises d’engagement sont plus claires, plus précises. Le respect des procédures est très important. »

« L’Allemand est beaucoup plus pointilleux et strict. Le respect des procédures est très important. »
Lui-même a cependant apporté progressivement une autre approche du management. « Au début, on était encore dans une structure très directive, où le chef ordonne et le personnel exécute. Petit à petit, il y a un vrai changement qui s’opère vers plus de management collaboratif. » Cette évolution se traduit notamment dans les évaluations et l’accompagnement des équipes. Pour autant, Michel Cassart reste prudent : « Il faut garder des directives très claires. Quand on est très rigoureux, il y a aussi une efficacité et une productivité qui en découlent. »
L’expatriation comme expérience de vie
Après une première expatriation de quatre ans en France, Michel Cassart vit aujourd’hui sa deuxième expérience à l’étranger. Une aventure qu’il recommande volontiers. « J’ai toujours aimé découvrir de nouveaux boulots, de nouvelles cultures, être en contact avec des gens différents. » Au-delà du travail, Michel Cassart insiste surtout sur ce que l’expatriation change dans une vie familiale. « Quand on repart à zéro dans un autre endroit, on réapprend à vivre ensemble. On recrée un cocon familial. » En dehors de ce cocon, on est parfois un peu seul. Heureusement, la Belgique n’est qu’à 3h30 de route, ce qui leur permet de rentrer régulièrement en Belgique pour voir leurs amis et leurs enfants, aujourd’hui adultes.
« Quand on repart à zéro dans un autre endroit, on réapprend à vivre ensemble. »
Avec le recul, il considère ces expériences comme de véritables accélérateurs personnels. « Je ne peux que recommander de tenter l’expérience. Ça change la relation avec les autres, avec sa famille, avec soi-même. »
Préparer l’avenir
Aujourd’hui, Michel Cassart regarde surtout vers l’avenir de Polyblend. Depuis l’arrivée du nouveau directeur, l’entreprise a obtenu des investissements importants, notamment pour automatiser certains transports internes et améliorer la sécurité du site. Surtout, Polyblend a enfin réussi à acquérir un terrain voisin convoité depuis plus de dix ans. « Ce sont des réussites dont je suis fier, car elles permettent de garantir de belles évolutions. »
L’expérience de Michel en Allemagne devrait durer encore deux ans. « Je suis heureux d’avoir eu cette nouvelle opportunité d’expatriation avant ma fin de carrière. Je verrai bien ce que la prochaine étape me réserve. »
Côté cour
Lorsqu’il arrive chez Polyblend, l’usine fonctionnait encore selon des codes très hiérarchiques. « Tout le monde s’appelait par son nom de famille. Ainsi, on m’appelait Herr Doktor Cassart. Depuis, j’ai fait évoluer les pratiques. Petit à petit, c’est devenu plus ”Michel”, avec le tutoiement. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on se respecte moins. »
Côté jardin
Arrivé un mois avant son épouse, le couple s’est enregistré séparément auprès des autorités locales allemandes. « On avait fait notre déclaration de départ de Belgique ensemble, mais ici, mon épouse s’est inscrite un mois plus tard. » Un simple détail administratif qui a eu des conséquences inattendues. « Comme on ne s’était pas enregistrés exactement de la même manière, on s’est retrouvés… séparés administrativement. » Une anecdote finalement vite réglée dont Michel sourit aujourd’hui, mais qui illustre la réalité très concrète de l’expatriation.



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