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Cycle Circular HRM — Laurence Lambert (Fondation Roi Baudouin): « La circularité peut être un terreau fertile pour une autre GRH » HR Square 32

De la récup’ de matériaux de construction à des sneakers fabriqués à partir de bouteilles en plastique, en passant par la transformation de bâches publicitaires en de nouveaux objets (sacs à dos, trousses, pots pour les plantes…) : dans tout le pays, de petites et grandes initiatives appliquent les principes de l’économie circulaire à des réalisations très concrètes.

Ayant pour mission de contribuer à une société meilleure, la Fondation Roi Baudouin a naturellement mis le développement durable et l’économie circulaire au cœur de sa stratégie, dès 2018 et avec une amplification des moyens destinés à ce programme dans le cadre de la vision stratégique 2020-2024. En prélude à cette nouvelle période qui s’ouvre, elle dresse donc un premier état des lieux de l’économie circulaire et quantifier l’emploi que celle-ci recouvre dans notre pays.

Coordinatrice du programme Développement durable/économie circulaire à la Fondation Roi Baudouin, Laurence Lambert souligne que la méthodologie utilisée est innovante, tout en adoptant une perspective large. « Nous avons travaillé avec Circle Economy, une ONG néerlandaise qui a également effectué une analyse qualitative et quantitative de l’emploi circulaire aux Pays-Bas, note-t-elle. La démarche s’intéresse à tous les emplois contribuant à l’économie circulaire — en opposition à l’économie linéaire classique du ‘extraire, fabriquer, jeter’ — par le biais d’activités dans les domaines des énergies renouvelables, de la réparation et de l’entretien, du recyclage, du numérique, de la conception, de nouveaux business models et de nouvelles formes de collaboration. »

L’étude distingue deux catégories d’emplois : les emplois directement liés à l’économie circulaire et les emplois indirectement circulaires (qui soutiennent les premiers, à savoir l’éducation, la logistique et le secteur public). « Les emplois directement circulaires se subdivisent eux-mêmes en deux catégories, précise-t-elle. D’une part, les emplois de base qui veillent à l’utilisation des matières premières en circuit fermé et constituent ainsi le cœur de l’économie circulaire : les secteurs des énergies renouvelables, de la réparation, de la gestion des déchets et des ressources. D’autre part, les emplois porteurs qui favorisent l’accélération et le développement des activités circulaires de base et forment les activités supports de l’économie circulaire : les secteurs de la location, de l'ingénierie et des technologies numériques liés la circularité. »

Résultat : d’après l’étude, 262.000 emplois en Belgique seraient circulaires, soit 7,5% du nombre total d’emplois. La répartition s’établit à 32% d’emplois de base, 25% d’emplois porteurs et 43% d’emplois indirectement circulaires. « S’intéresser à l’emploi, mais aussi aux qualifications, à la formation, au développement des compétences, bref à toute la gestion des ressources humaines est un enjeu majeur pour l’économie circulaire, estime Laurence Lambert. On ne développera pas l’économie circulaire sans travailler sur ces questions. C’est d’autant plus vrai que certains de ses métiers existent, mais d’autres vont seulement émerger comme le facilitateur en économie circulaire, l’architecte micro-énergéticien ou encore le Material Scout. »

Question : au-delà de la gestion des ressources humaines en économie circulaire, peut-on également imaginer une gestion des ressources humaines plus circulaire ? « Quand on regarde les statistiques relatives au désengagement et au burn-out, il semble évident qu’on arrive aux limites d’un système où prévaut la compétitivité et la course aux prix et aux volumes, dit-elle. Il y a certainement des parallèles à opérer avec l’épuisement du modèle ‘produire, consommer, jeter’ et la pertinence de collaborer plus que de jouer la compétition, de miser sur la qualité plus que sur le prix et de développer des services plus que produire du volume. Faire émerger l’économie circulaire porte en soi un enjeu de sens, de recherche d’innovation managériale et d’autres modèles organisationnels, de création d’autres formes de valeur ajoutée… La recherche de circularité peut constituer un terreau fertile pour faire une autre gestion des ressources humaines. »

Christophe Lo Giudice



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