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Cycle Circular HRM - Fabienne Collard (CRISP): « Un changement des mentalités sera facilité par le partage de bonnes pratiques » HR Square 36

Les principes de l’économie circulaire sont-ils applicables à la GRH ? Comment ? Et avec quelle valeur ajoutée ? C’est ce qu’explore le projet Circular HRM piloté par le think & do tank Pour la Solidarité et auquel participe HR Square. En parallèle à ce voyage, nous vous livrons une série d’éclairages afin de mieux comprendre ce qu’est (ou n’est pas) l’économie circulaire. Quatrième étape : un état des lieux de sa mise en œuvre en Belgique avec le CRISP qui y consacre un de ses Courriers hebdomadaires.

Nos lecteurs attentifs sont maintenant familiers avec le concept d’économie circulaire dont les contours théoriques se trouvent décrits dans la première partie de cette étude du CRISP, le Centre de recherche et d’information socio-politiques. Une mise en contexte qui, par omission, confirme une fois de plus le constat à la base du projet Circular HRM : jusqu’ici l’économie circulaire ne s’est pas (encore) saisie de l’enjeu que représente l’une des ressources les plus précieuses des entreprises : les individus.

L’auteur, Fabienne Collard, chargée de recherche dans le secteur Économie au CRISP, pointe toutefois à juste titre que, si le concept d’économie circulaire peut apparaître complexe, par ‘complexité’ il faut aussi entendre ‘richesse’. « Contrairement à une idée encore fortement répandue, l’économie circulaire est très loin de se borner à la seule activité de recyclage, explique-t-elle. Au contraire, celle-ci est le dernier échelon envisagé avant la valorisation énergétique des déchets par le biais de l’incinération. Dans la logique soutenue par l’économie circulaire, bien d’autres étapes sont à encourager en amont. L’économie circulaire propose ainsi une multitude d’opportunités et de facettes différentes. » C’est en effet dans ce cadre que s’inscrit la réflexion de Pour la Solidarité et ses partenaires visant à sensibiliser les employeurs, responsables RH et managers sur l’enjeu de circularité adapté à la GRH.

Dans un deuxième temps, l’étude du CRISP s’intéresse aux réglementations mises en place afin de développer l’économie circulaire : à l’échelon européen, à l’échelon fédéral belge et aux différents échelons régionaux du pays (Wallonie, Bruxelles-Capitale et Flandre). Si les prises d’initiatives abondent, « les professionnels du secteur se plaignent du fait que les instances politiques se bornent à ce jour à des discours d’intention, sous la forme de ‘feuilles de route’, de ‘plans d’action’ ou de ‘green deals’, alors qu’un réel développement de cette économie nécessiterait des textes de loi et des mesures contraignantes, auxquelles s’oppose jusqu’ici de manière plus ou moins évidente le monde industriel », observe l’auteur.

Bon bulletin, mais…

Ces éléments étant posés, Fabienne Collard propose un état des lieux actuel de la mise en oeuvre de l’économie circulaire en Belgique. Avec un taux aux alentours de 18%, notre pays fait partie des leaders européens en matière d’utilisation circulaire des ressources. « Par contre, les activités de récupération et de réparation sont encore peu développées dans le pays », commente-t-elle. La Belgique se montre par ailleurs « particulièrement efficace » sur le plan de la valorisation des déchets, pour reprendre les termes du Conseil central de l’économie (CCE) qui, à l’été 2019, a procédé à l’examen de l’état des lieux de la transition belge vers une économie circulaire sous l’angle de l’efficacité avérée ou non des politiques menées pour y parvenir. Même si d’autres acteurs viennent cependant nuancer ce tableau (trop ?) optimiste…

Dans son analyse, le Conseil central de l’économie observe en outre un décrochage de la Belgique en matière d’éco-innovation par rapport à la moyenne européenne, et ce depuis 2012. « Ce constat s’explique avant tout par un meilleur positionnement d’autres États membres de l’Union européenne, en raison de l’amélioration de leurs indicateurs d’éco-innovation, commente Fabienne Collard. Mais le CCE met également en avant trois freins propres à la Belgique : la répartition des compétences entre différents niveaux de pouvoir, avec peu d’attention accordée à la diffusion des bonnes pratiques régionales au niveau national ; un manque d’expertise en matière d’éco-innovation et d’économie circulaire au sein des PME ; et un contrôle limité sur la conception de la plupart des produits entrant sur le marché belge. »

« Les opportunités de l’économie circulaire en termes de potentiel de création d’emplois locaux et de valeur ajoutée (notamment dans les activités de récupération et de réparation) sont peu exploitées en Belgique, peut-on encore lire dans l’analyse du CCE. Ce décrochage s’explique notamment par les investissements relativement faibles dans ces secteurs et les relativement mauvaises performances de la Belgique en matière de brevets liés à l’éco-innovation dans les domaines analysés par rapport au reste de l’Europe ».

Du chemin encore à parcourir

Pour que l’économie circulaire puisse fonctionner de la manière la plus efficace possible, il s’agit d’intervenir dès le début du processus, lors de la réflexion autour de la conception du produit, selon la logique portée par l’économie de fonctionnalité, l’éco-conception ou l’approche C2C, conclut l’auteur de ce Courrier hebdomadaire du CRISP. « En outre, l’économie circulaire englobe non seulement le cycle technique, mais aussi le cycle biologique. Enfin, l’économie circulaire promeut la mise en place de synergies industrielles afin d’optimiser l’utilisation des ressources et de l’énergie entre les différents partenaires. » Or, on le voit : à ce stade, il reste « difficile d’appréhender, en chiffres et donc en objectifs, les avancées obtenues en matière de refabrication, d’éco-conception ou de symbioses industrielles ; pourtant, tous ces aspects sont tout aussi importants dans le cadre d’une économie circulaire. »

« Pour qu’un modèle d’économie davantage circulaire vienne un jour à s’imposer, il faudra sans doute mieux informer les consommateurs sur les diverses possibilités qui s’offrent à eux et sur l’origine des produits qu’ils achètent, explique encore Fabienne Collard. Il faudra également faciliter les synergies industrielles qui demandent un gros travail de collaboration et de communication entre des acteurs dont l’activité est parfois très différente, mais justement complémentaire. Il faudra des réglementations, à l’image de ce qui se fait désormais pour lutter contre le suremballage ou les produits à usage unique. Et il faudra, enfin, un changement de mentalité qui ne peut voir le jour que par le partage des connaissances et des bonnes pratiques. »

Christophe Lo Giudice

Fabienne Collard, L’économie circulaire, Courrier hebdomadaire du CRISP n°2455-2456, 69 pages, 2020, ISSN 0008 9664, 12,40 euros. Plus d’info : www.crisp.beinfo@crisp.be



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